Club de Réflexion Noctua & Bubo (CRNB) -Think tank-

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École, culture et démocratie

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«Toute forme de mépris, si elle intervient en politique,  prépare ou instaure le fascisme.»

(Albert Camus)

 


Aujourd'hui, Celles et Ceux qui invitent leurs contemporains à se tenir à l'abrit des populistes et des partis politiques extrémistes sont bel et bien dans la droite ligne des idées républicaines des "Pères fondateurs" de la démocratie contemporaine. Ce sont les autres : ceux qui ont pactisé avec le "Diable", avec la "Bête immonde" ; ce sont ceux qui considèrent les populistes comme des "gens fréquentables" qui se sont fourvoyés : ils ont bel et bien trahi l'idéal des Pères fondateurs dont l'une des volontés suprêmes suppose que les citoyens soient suffisamment instruits pour rejeter spontanément les candidatures populistes, évitant ainsi les risques de division, d'affaiblissement et de dérives autoritaires.

 

(Vlasios  Maximus, auteur)


 

 

 

 

 

Instruire le peuple

 

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La liberté. guidant le peuple  (Eugène Delacroix, 1830)

 

Tout change avec la Révolution française. Condorcet, le dernier des philosophes français du XVIIIe siècle, prépare en 1792 un projet d'enseignement élémentaire laïque et général reposant sur le principe d'une sélection par le mérite : pour Condorcet, il ne peut y avoir de souveraineté nationale sans instruction généralisée. Mais la radicalisation de la Révolution française, la difficulté presque insurmontable à trouver le personnel et le financement nécessaire à une telle ambition font ajourner le projet. La Convention, puis Bonaparte réorganisent en profondeur les enseignements secondaire et supérieur (les lycées sont créés en 1810), mais les écoles élémentaires sont laissées à la discrétion des municipalités. 

 

En France, commencée sous la monarchie de Juillet par la loi Guizot (1833), poursuivie sous le Second Empire, la mise en place d'écoles élémentaires publiques est généralisée au début des années 1880. Œuvre majeure de la IIIe République, et notamment de Jules Ferry, la création d'un enseignement primaire gratuit, laïque et obligatoire marque un tournant décisif et peut être considéré comme la concrétisation, à un siècle d'intervalle, du projet esquissé par Condorcet au début de la Révolution.

 

Au XXe siècle, l'extension de la scolarité obligatoire jusqu'à quatorze ans (1936), puis jusqu'à 16 ans (1959) conduira à ouvrir à tous l'accès au premier cycle de l'enseignement secondaire (les collèges sont créés en 1975, loi Haby). 

 

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La démocratie représentative 

 

Historiens et politologues ont vu, dans les intérêts de classe et les enjeux de pouvoir, les causes de la mise en place tardive de cette démocratie qu'impliquaient pourtant les textes fondateurs :

 

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyens (1789). Cette dernière pose tous les principes de la démocratie, mais la Constitution de 1791 (comme les suivantes) établit un suffrage censitaire qui prive les pauvres de droits civiques. 

 

Certes, mais il faut aussi souligner la conscience que les hommes publics du XVIIIe et du début du XIXE siècle ont de l'inculture politique des masses populaires. La crainte des dérives démagogiques et de la manipulation d'un électorat immature est réelle : «autant demander à un aveugle de choisir des couleurs !» s'écrie à la Convention de Philadelphie  (1787) l'Américain Hamilton quand il est question d'instaurer le suffrage universel. Les événements montrent qu'il ne s'agit pas d'un phantasme : quand, en 1848, les républicains français amenés au pouvoir par la révolution de Février accordent le droit de vote à tous les citoyens mâles et majeurs, un raz-de-marée électoral porte à la présidence, par la seule vertu de son nom et de promesses démagogiques, le prince Louis Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier. Imitant son oncle,  il renverse la IIe République, le 2 décembre 1851, pour rétablir l'Empire. L'institution de la démocratie va donc passer par l'instruction du peuple et l'élévation générale du niveau culturel : en France, les lois Ferry sur l'école (1880) sont, avec l'établissement de la liberté d'expression, l'un des actes marquants de la IIIe République, restaurée après 1870. Seule l'accession des citoyens à la maturité politique peut faire du système représentatif  l'instrument d'une démocratie authentique. Elle a pour corollaire, la formation de partis défendant des options et dont l'alternance au gouvernement permet à toutes les familles d'opinion de se faire entendre.

 

En France, l'année 1944 symbolise l'avènement d'une véritable démocratie, celle ou les femmes obtiennent (pour la première fois) le droit de vote, qu'elles exerceront lors des élections législatives de 1945.

 

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Citations

 

«Le meilleur argument contre la démocratie est une conversation de cinq minutes avec l'électeur moyen.»

(Winston Churchill)

 

 

«La démocratie est d'abord un état d'esprit.»

(Pierre Mendès France)

 

«L'éducation est ce qui reste après qu'on ait oublié ce qu'on a appris à l'école.»

(Albert Einstein)

 

«Si l'on veut progresser, il faut éduquer les filles. Lorsque vous éduquez les filles, vous changez l'ensemble de la communauté, l'ensemble de la société.»

(Malala Yousafzai)

 

 

 

 

De Condorcet à Kant

 

[...] On compte également sur l'éducation de l'individu et du citoyen qui permettra leur émancipation. L'Histoire elle-même sera pensée par Kant ou Condorcet, en termes d'éducation de l'humanité. [...]

 

[...] Pour Condorcet, le progrès des connaissances doit rendre les Hommes vertueux ; Kant (1724-1804) estime au contraire que c'est le devoir moral de progrès qui nous oblige à connaître toujours d'avantage : autre conception des Lumières. Non seulement nous avons, selon Kant, le devoir de progresser, mais nous avons le devoir de nous croire capable de progresser, à l'infini, vers la perfection morale ; tel est le sens que reçoit, dans la Critique de la raison pratique  (1788), la foi en l'immortalité de l'âme. [...]

 

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Nicolas de Condorcet (1743-1794)

Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet 

Philosophe, économiste, mathématicien et homme politique français, représentant des Lumières.

 

 

 

 


L'éducation est une arme...

 

Genèse | Chapitre 9 : verset 27

Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu'il habite dans les tentes de Sem et que Canaan soit leur esclave.

02.31


 

 

 

 

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Culture et instinct de conservation 
Ouvrant la voie aux manipulations des démagogues, la démocratie est faillible ; pour la maintenir à l'abrit de l'intolérance, à l'abrit des nationalismes, des rigorismes religieux et de tout autre mouvement extrémistes qui vident les démocraties de leurs substances salutaires, l'instruction et le seul rempart : si celle-ci n'est en rien le gage d'une bienveillance généralisée, elle renferme néanmoins le pouvoir de favoriser la paix, l'humanisme et la puissance de la Cité en rendant le plus grands nombre imperméable aux propositions simplistes qui divisent,  fragilisent et ne générent que violence et apauvrissement : désignation de boucs émissaires, repli sur soi, survalorisation du spirituel au détriment de la raison, etc.
La culture est la somme des savoirs acquis et les connaissances dont l'Homme se sert pour s'entendre avec les membres de son groupe (nation, communauté). Ses concepts, ses idées, ses règles doivent permettre une valorisation identitaire personnelle suffisante et une adhésion, plus ou moins spontanée, aux valeurs dominantes qui structurent le groupe.. La culture ayant pour fondement le développement et la conservation de l'espèce, les institutions (familles, écoles, États) chargées de fabriquer des esprits citoyens et de distribuer les differents savoirs doivent opter pour un enseignement favorisant le rationnel (laïque), humaniste et global : offrant une vision étendue. Les institutions ont clairement échoué, lorsque :
-les certitudes considérées comme absolues (culturelles ou cultuelles) gagnent du terrain, se répandent dans la Cité : dominent le scepticisme et, par répercussion, affaiblissement ou alienent  l'esprit critique et la raison ;
-ou encore, quand les différences culturelles génèrent des tensions et structurent des valeurs diminantes parallèles, cessant alors de valoriser l'existence du plus grand nombre pour favoriser, dorénavant, le repli sur soi, le communautarisme et la violence dans le groupe (nation) ou entre les différents groupes : lorsque la criminalité se substitue aux dialogues et devient un mode de valorisation identitaire à part entière.
Je ne connais qu'un seul devoir, une unique priorité, celle-ci est un absolu qui doit se substituer à tout autre priorité politique : maintenir la cohésion entre les citoyens, entre les femmes, entre les hommes, entre les femmes et les hommes, entre les citoyens et les étrangers, avec les étrangers de passage autant qu'avec ceux qui participent à la construction de la Cité, entre les plus riches et les plus pauvres, et ce, quelque soit l'origine ou la religion de chacune et chacun d'entre-eux. La cohésion dans le groupe est un devoir absolu ; la compréhension et la tolérance mutuelles entre les groupes par le dialogue, la promotion et l'entretien de certaines valeurs dites universelles est un devoir à cultiver chaque jour...
(Vlasios Maximus, auteur)
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Franklin Delano Roosevelt 

 

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Franklin Delano Roosevelt (Parti démocrate) en campagne électorale (1932), États-Unis. 

 

 

 

 

Le droit d'ingérence

 

Lancée au début en 1979 par le philosophe Jean-François Revel, la notion de «droit d'ingérence», développée et promue par Marion Bettati et Bernard Kouchner, postule que le principe de la souveraineté étatique peut être remis en cause pour remédier à des situations humanitaires critiques. Elle a été ensuite reformulée et éducolorée par la «Commission internationale sur l'intervention de l'État», co-présidée par Gareth Evans et Mohamed Sahnoun, dans un rapport intitulé «la responsabilité de protéger» (décembre 2001). Visant à empêcher les «atrocités de masse», les principes qui étaient énoncés ont été approuvés par les chefs d'États et de gouvernement de l'ONU réunis au Sommet Mondial de 2005, endossés par le Conseil de Sécurité en 2006 et ont fait l'objet d'un rapport, en 2009, du Secrétaire général de l'ONU sur leur mise en oeuvre.

(La puissance au XXIe siècle, Pierre Buhler, CNRS Éditions)

 

 

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Jean-François Revel (1924-2006), Philosophe et académicien français ; théoricien du «droit d'ingérence».

 

 

 

 

Les premiers projets de paix en Europe

 

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 Sir William Penn (amiral)

 

William Penn (1644-1693) / quaker : entrepreneur et philosophe anglais ; homme politique ; fondateur de la province de Pennsylvanie (États-Unis).

 

Proposition (1693) : pour assurer la paix en Europe il serait constitué une «Diète générale, un État ou Parlement»  habilité à établir des règles de justice à observer par tous les membres. Une Diète formée de délégués des États et légiférant à la majorité qualifiée.

 

William Penn défendait une parfaite liberté religieuse : «Il vaut mieux appartenir à aucune Église que d'en être un membre intolérant.»

 

 

 

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L'abbé  de Saint-Pierre

 

Charles-Iréné Castel de Saint-Pierre (1658-1743), écrivain, diplomate et académicien français : précurseur de la philosophie des Lumières ; négociateur du Traité d'Ultrecht (1712-1713) ; père de la polysynodie (système de gouvernance par conseil instauré en France de 1715 à 1718) ; inspirateur de la pensée politique de Jean-Jacques Rousseau.

 

L'abbé de Saint-Pierre disait : «La dévotion est la petite vérole de l'âme ; tous les esprits faibles en reste marqués.»

 

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Il y a des postérités qui se bonifient au fil du temps...

 

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Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe  de l'abbé de Saint-Pierre (1713).

 

  


 

 

« Nos livres et nos crayons sont nos armes les plus puissantes.»

(Malala Yousafzai, militante pakistanaise)

 

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Article / sources : Couvrrture : Star Wars -Le retour du Jedi Culture générale, Ed. Hatier ; Philosophie : Vlasios Maximus ; La puissance au XXIe siècle, Pierre Buhler, éd. Biblis.



28/04/2017
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