Club de Réflexion Noctua & Bubo (CRNB) -Think tank-

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Introduction à la philosophie

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"La politique s'oppose à la morale, comme la philosophie à la naïveté"

Emmanuel Levinas (1906-1995)

 

 

 

 

 

Thalès ou de l'invention de la philosophie 

Vers 600 avant notre ère 

 

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Thalès de Milet (~624 à ~546), mathématicien et philosophe grec

 

 

[...] Si bien que, devant cette multiplicité extrême d'opinions, sur des choses en somme importantes, Thales s'est mis à douter, et à douter tellement qu'il à rejeté fermement tout ce qui venait des prêtres, des poètes, des législateurs, bref de la Tradition, ou des Autres. Et il s'est mis à penser par lui-même, ne faisant confiance qu'à sa propre raison. Il venait d'inventer la philosophie !

 

Car c'est là la grande invention de Thalès. Ne pas accepter les opinions d'autrui - aussi vénérables et anciennes et prestigieuses soient-elles -, mais tenter de se faire une opinion soi-même. Inventer la philosophie, c'était accorder plus de prix à la raison humaine qu'aux traditions des Hommes. [...] Il y a encore des philosophes aujourd'hui. Ils ne méritent le nom de philosophe que s'ils pensent par eux-même, rejetant comme suspecte toute pensée émanant de quiconque, quel que soit éventuellement le prestige accordé à cette pensée par le corps social. Ce qui ne signifie pas que chaque philosophe doit rejeter tout ce qui a été pensé avant lui. Mais il doit soumettre toute idée qui lui est proposée, sans la moindre défaillance, à l'examen de son propre jugement. [...]

 

[...] Les systèmes de pensée de l'Antiquité, en Inde ou en Chine, par exemple, comme le confucianisme et le bouddhisme, ne peuvent pas être considérés comme des philosophies, car ces systèmes ne rejettent pas toutes la tradition de leur lieu d'émergence. Au contraire, ces "sagesses" sont basées sur le respect superstitieux d'un "sacré" qui n'est jamais mis en doute. [...]

 

[...] La philosophie tente de répondre à toutes les questions. Ce n'est pas une discipline intellectuelle ayant un objet délimité, comme l'astronomie qui ne s'intéresse qu'aux astres, le droit qui ne s'intéresse qu'aux lois ou la zoologie qui ne s'intéresse qu'aux animaux. La philosophie s'intéresse à Tout, à l'Univers visible et invisible. [...]

 

En résumé, la philosophie est une étude qui à une méthode : le raisonnement, et un objet : tout.

 

 

 

 

Aristote et la logique 

Vers 340 avant notre ère 

 

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Aristote (384 à 322), philosophe grec

 

En 335, il fonde à Athènes, dans un gymnase consacré à Apollon Lycien, une école de philosophie que l'on appellera le lycée et qui sera, pendant longtemps, le plus haut lieu d'enseignement philosophique, même après la mort du maître.

 

Aristote est fréquemment considéré comme le plus grand philosophe de tout les temps. Celui dont la pensée à probablement eu l'influence la plus importante et la plus durable sur ces successeurs et, par conséquence, sur l'humanité tout entière.

 

[...] Si, depuis Thalès, les penseurs savent qu'ils peuvent penser par eux-même grâce à la raison, au logos, il était indispensable, en effet, d'établir le mode d'emploi de ce logos. C'est ce que l'on appellera la "logique", invention d'Aristote, découverte décisive de l'esprit humain. Il ne suffit pas d'avoir un outil, il faut encore savoir comment s'en servir... [...]

 

[...] La logique d'Aristote débouche sur une théorie très développée du syllogisme, qui est un raisonnement en trois temps. L'exemple de syllogisme sans doute le plus fameux est :

 

"Tous les Hommes sont mortels.

Socrate est un Homme.

Donc Socrate est mortel." 

 

  

 

 

De la science 

20 mai 1543

 

[...] La philosophie naît en Grèce, nous l'avons vu, avec l'oeuvre de Thalès de Milet. C'est déjà la philosophie, c'est-à-dire 1. le rejet des traditions, 2. l'observation, 3. le raisonnement. Mais ce n'est pas encore la science, parce que l'observation est "naïve" est que le raisonnement, à partir de l'observation insuffisante, ne peut que développer des idées insatisfaisantes. Mais c'est le point de départ indispensable !
La science naîtra ensuite quand l'observation perdra son innocence par le moyen de l'instrumentation et que le raisonnement sera enrichi de moyens mathématiques.
Le facteur décisif qui va faire naître la science au sein de la philosophie -car il est bien certain que la science est une continuation de l'effort des philosophes- c'est donc l'instrumentation, c'est-à-dire le recours aux instruments. [...]
[...] ce moment, vraiment décisive, où le philosophe -en train de devenir un scientifique- complète ses observations par l'usage d'instruments qui, d'une part, augmentent considérablement ses possibilités d'observation liées à ses limites sensorielles et, d'autre part, lui permettent de quantifier les phénomènes observés. Grâce aux instruments, le savant observe mieux que le philosophe, et il "mesure", il obtient des nombres sur lesquels il pourra raisonner grâce aux mathématiques. [...]
D'après notre définition de la science -une philosophie soutenue par l'instrumentation-, il est clair que la science naîtra quand l'instrumentation commencera à être utilisé par les philosophes. [...]
[...] Pour déterminer la date d'apparition de la science ainsi comprise, il faut donc chercher à quelle époque l'on a commencé à se servir d'instruments dans le but d'observation. 
Les historiens, habituellement, datent la science "moderne" (ce que appelons vraiment la science) du 20 mai 1543. Je veux bien retenir cette date, comme un mouvement symbolique de la séparation de la science de la philosophie. Mais il faut bien voir que cette date, qui est celle de la parution du grand livre de Copernic, concerne un ouvrage qui, en fait, appartient encore, intellectuellement, au Moyen Âge. Ce n'est pas l'hypothèse de Copernic qui fonde l'astronome en tant que science, mais c'est la lunette astrologique (donc un instrument) par Galilée, en 1610 [...]

 

 

 

 

Descartes ou de la géométrie analytique 

René Descartes (1596-1650), philosophe et savant français

 

C'est le 5 juin 1637 que parait un des plus beaux textes de littérature, un des plus pénétrants ouvrages de philosophie, un des plus décisifs et innovants traités de mathématiques, et une des pages les plus suavemement ironique de toute l'histoire, depuis qu'il y a des écrivains. [...]

 

L'ouvrage  -un des premiers textes scientifiques importants publiés en langue française, à une époque où les docts écrivent en latin- s'intitule Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, chercher la vérité dans la science. Plus la dioptrique, les météores et la géométrie, qui sont des essais de cette méthode. C'est un volume de 78 pages (le "discours") plus de 418 pages (les "essais") qui paraît chez Jean Mair, à Leyde. L'apport philosophique de ce texte est considérable. Il fonde un nouveau rationalisme par rapport auquel tous les philosophes venant après Descartes devront se positionner, pour ou contre.

 

 

 

Critique de la raison pure

Fin du XVIIIème siècle 

 

«Aucune connaissance ne précède en nous l'expérience, et toutes commencent avec elle [...] une question qui exige un examen plus approfondi [... est. ...] de savoir s'il il y a une connaissance indépendante de l'expérience et même de toutes les impressions des sens.»

Emmanuel Kaant

 

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Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe allemand ; Emmanuel Kant, philosophe des Lumières : "Que puis-je savoir, que puis-je faire, que puis-je espérer ?

 

 

[...] Heureusement il y eut, à la fin du XVIIIème siècle, un penseur extraordinaire qui, à lui tout seul, effectua la Révolution philosophique (allemande), comme quelques dizaines d'ingénieurs avaient, de leur côté, effectué la Révolution industrielle (anglaise). [...]

 

[...] Son oeuvre est d'une importance capitale, décisive, à  nulle autre pareille. Dans un effort suprême de haute intelligence, Kant ira au plus profond des être et des choses, effectuant une synthèse magistrale et probablement indépassable de tous les savoirs de son temps. Il va révolutionner jusque dans leurs assises les plus ferme (que l'on croyait fermes, avant lui) toutes les connaissances des Hommes. Il élabore une "critique", c'est à dire une analyse radicale et impitoyable de tout ce que l'on a dit avant lui, et il expose les limites infranchissables de tout ce que l'on pourra dire après lui. [...]

 

Son ouvrage le plus remarquable, le plus grand chef-d'oeuvre de haute pensée de tous les temps, est publié en 1781 : Critik der reinen Vernunft, chez Johann Friedrich Harrknoch, à Riga ("Critique de la raison pure"). [...]

 

Kant analyse, le plus profondément qu'il était possible à un Homme de le faire, la nature de l'esprit humain, qu'il reconnaît formé de trois instances communiquantes, di Sinnlichkeit, der Verstand, di Vernunft. L'esprit de l'Homme est formé d'une sensibilité, d'un entendement, et d'une raison. [...]

 

La Révolution philosophique réalisé par Kant sera suivie par un travail métaphysique intense dû à ses successeurs, parmi lesquels les plus importants sont Johann-Gottlieb Fichte (1762-1814) et George Wilhem Friedrich Hegel (1770-1831). [...]

 

 

 

 

Qu'est ce que la philosophie ?

La philosophie générale est le  nouveau nom de la métaphysique, de plus en plus suspecte aux yeux de penseurs soucieux de rompre avec un passé où la philosophie première était trop souvent associée à la religion. Mais sous ce nom comme sous l'ancien, la métaphysique reste la discussion des problèmes ultimes que posent la Vie et la Mort, l'Être et le Néant, la matière et l'esprit, l'existence du monde et celle des Hommes. Elle correspond à une exigence fondamentale de l'intélligence humaine, celle de savoir le dernier mot de tout, la signification ultime des  choses et des êtres, de la conscience ou de l'histoire.

 

Tout hommes qui réfléchit dans un secteur quelconque du savoir, se trouvent insensiblement entraîné vers une recherche de plus en plus profonde, celle d'une loi généralisable, d'une idée "transposable" sur les autres secteurs de la science, et à partir de laquelle tout "prend un sens". Devant une inclination naturelle de l'intélligence, les spécialistes réagissent de trois manières : 

 

1. ou bien ils s'élancent hardiment dans la voie de la philosophie générale tels Alexis Carrel ("L'homme, cet inconnu"), Lecompte du Noüy (L'avenir de l'esprit), G. Mercier ("Le dynamisme ascentionnel) ou tout récemment Wiener ("Cybernetic")... et tant d'autres, venus de tous les points de l'horizon scientifiques ;

 

2. ou bien ils s'y engagent "jusqu'à un certain point" esquissant une orientation de leur pensée mais laissant "aux philosophes" le soin d'en tirer des conclusions. Ainsi serait "Matière et Lumière" de Louis de Broglie ;

 

3. ou bien enfin il refusent de "faire de la métaphysique" parce que généralement "métaphysique" signifie pour eux "hors de la portée de toute preuve, de toute vérification, de toute expérience" et par conséquent susceptible de donner lieu aux élucubrations les plus fantaisistes qu'on laissent avec mépris aux philosophes.

 

Mais à côté de ces proclamations pleine de bravoure, nous voyons ces chercheurs aboutir pour leur compte à une authentique métaphysique, c'est-à-dire à une conception de la vie, à un systéme de monde, car déclarer qu"il n'y a rien au-delà de l'expérience" par exemple, c'est "faire de la métaphysique" et même une métaphysique implicite qui se dispense de se justifier. Le philosophe est justement celui qui entreprend de chercher méthodiquement à vérifier une assertion générale de ce genre, de la "pousser" dans tous ses retranchements, et de transporter ensuite sur tous les problèmes la clarté du premier principe.

 

Une philosophie est une méthaphysique dans l'exacte mesure où un thème unique s'y trouve transposé dans toutes les formes de l'expérience ;  toutes philosophie est un "système". L'énoncé d'une telle proposition peut surprendre. Il y a, en effet, beaucoup de philosophes qui ont précisément voulut éviter le "système" et l'esprit de système, à tel point que certains ont délibérément renoncé à une "mise en forme" de leur philosophie. De Pascal à Kierkegaard et à Gabriel Marcel, les philosophes romantiques ont réagi par là contre l'intéllecualisme suspect d'artificialité et d'une sorte de "facilité logique". Mais ces philosophes, quoi que non systématisées, sont cependant thématisées. Une idée, un sentiment ou une attitude persistent à travers le déroulement de la pensée. Il n'y a pas de système sur le plan de l'expression, mais il y a une organisation de la pensée. D'autre part, dire qu'il n'y a pas de système possible, c'est encore systématiser, de même que dire qu' "il n'y à pas de principe absolu" c'est poser ce principe comme un absolu, et dire "tout est absurde, il n'y a rien d'intélligible", c'est poser une proposition déduite, ou induite des expériences proposées, et donc présenté comme une conclusion logique.

 

Une philosophie est ainsi une conception générale du monde et de l'existence réfléchie à partir d'expériences totales, c'est à dire vécues sans cette "réduction" que leur fait subir un point de vue scientifique spécialisé, et aboutissent à une conduite pratique, c'est à dire à une morale. Lorsqu'un Homme à "des idées" sur l'existence, "des idées" sur la matière, "des idées" sur Dieu, des idées sur la société, sur l'histoire, sur la nature humaine ou sur le progrès morale qui ne présentent entre elles aucun lien rationnel, cela suffit pour affirmer qu'il n'est pas philosophe.

 

Les grands philosophes de l'histoire nous présente des "systèmes" qui se fondent sur des expériences différentes et qui aboutissent à des principes différents, mais qui tous ont cette unité et cette harmonie rationnelle, belle et vraie dans un certain sens, en tout cas exemplaires et invitant à la réflexion...  

 

 

 

 

 Philosophes et citations

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Platon (Athènes, v. 427-347 av. J.-C.), philosophe grec

 

" Le corps est le tombeau de l'âme "

 

 

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René Descartes (1596-1650), philosophe français

 

Cogito ergo sum ("Je pense, donc je suis")

 

 

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Hannah Arendt, philosophe  allemande (1906-1975)

 


"C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal"
 

 

 

 

 

 

Article CRNB /sources : Thalès ou de l'invention de  la philosophie, Aristote et la logique, De la science, Descartes ou de la géométrie analytique, Critique de la raison pure : Jean C. Baudet, philosophe et historien ; Les Grandes Inventions,  éd. Jourdan. Qu'est-ce que la philosophie : Roger Mucchielli, Philosophie de la connaissance.

 



05/08/2014
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